Les chats et le satanisme par Sonia

Publié le 15 Décembre 2012

Les chats et le satanisme

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La démonisation du chat, particulièrement du chat noir, a des origines essentiellement chrétiennes, comme le démontre incontestablement le vocabulaire dont elle use et les notions théologiques auxquelles elle renvoie, notamment l'équation fondamentale chat = Satan.

Elle apparait, d'autre part, au moment où le christianisme semble solidement implanté et raffermi dans les population d'Europe.
Fait très significatif, par ailleurs, la diabolisation du chat et la persécution atroce à laquelle elle donna lieu sont l'oeuvre, non des populations frustres, mais des classes dirigeantes, essentiellement écclésiastiques, lesquelles élaborèrent et affirmèrent la doctrine officielle du chat démoniaque, le compagnon maudit des sorcières et de leurs sabbats, qui fut la règle jusqu'au siècle des Lumières.

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Et ce, pour deux raison : la volonté d'exterminer les vestiges païens demeurés encore vivaces dans la culture populaire ; d'autre part, la détermination farouche d'éliminer, en les satanisant, les divers courants marginaux, sectes hérétiques ou dualiste, ressentis comme une Contre-Eglise.

 

Assimilé à la fois à la figure de la Diane gallo-romaine ou de la Freya germanique, déesse de la fécondité mais encore très honorées à l'époque dans les campagnes, et aux avatars de l'Isis égyptienne, qu'étaient soupçonner de continuer à adorer les adeptes des cultes gnostique, le chat devint logiquement la victime toute désignée des peurs de l'intolérence et du fanatisme de l'orthodoxie religieuse en place.

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Le processus de démonisation se fit de façon progressive, et non sans un scénario rituel passablement ambigu. Fondé en 961 par le comte de Flandre Baudoin III, la cérémonie du " Kattestoet " est le meilleur exemple de ces tentatives préliminaires, dont l'imperfection saute manifestement aux yeux. C'était un sacrifice annuel de deux chats, institué pour proclamer publiquement le renonciation de tout un peuple à ces anciennes pratiques païennes.

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Tout les 28 février, au son des cloches de la ville d'Ypres, carillonnant toutes ensemble, deux malheureuses bêtes étaient jetées vivantes du haut des tours du manoir de Korte-Mers et s'écrasaient sur le sol au milieu des vivats du peuple, présidé par ses autotités civiles et religieuses.

La fête se poursuivit sans interruption jusqu'en 1578, date à laquelle les calvinistes, s'étant rendu maîtres pour un temps de la cité, l'abolirent, y voyant une cruauté inutile, mais aussi, derrière le masque d'une adhésion aux dogmes chrétiens.

Effectivement, ils étaient dans le vrai. Car, si, au premier degré, la mise à mort des chats pouvait être interprétée comme une mise à mort symbolique du diable, ainsi que l'avait voulu le fondateur de la cérémonie, une analyse plus poussée permet de voir tout à fait autre chose dans le " kattestoes ". Deux choses doivent retenir l'attention : d'abord, il s'agit, non d'une extermination générale des chats de la ville, mais d'une exécution limitée à deux animaux ; ensuite, ce qui en constitue l'élément central et essentiel, c'est qu'il y ait du sang répandu.

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Or, tout ceci est la caractéristique même de tous les rites sacrificiels propres aux cultes agraires de la fécondité. Certe, il faut que les victimes soient ressenties comme innocentes et par concéquent revêtues de sacralité. Si bien que les deux chats étaient censés périr pour revivre, laver les vivants de leurs souillures et régénérer le monde usé et vieilli !

Le " Kattestoet " n'était pas sans présenter une certaine analogie ou entretenir une confusion avec le rite chrétien de la messe, répétition symbolique du sacrifice sanglant du Christ sur la croix. Ce qui donne du crédit à l'hypothèse, c'est qu'il se soit perpétué malgré les aléas historiques qu'il subsiste, de nos jours encore, sous la forme bien moins cruelles, il est vrai, d'un lancer de chats postiches.

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Avec l'entrée en scène des théologiens disparaît, en revanche, la signification équivoque de la répression du chat diabolisé. Bien sûr, sa figure n'apparaît pas immédiatement comme l'incarnation privilégiée de Satan.

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Mais un siècle plus tard, le fantasme est définitivement établi et fixé. Le prélat anglais Walter Map, présente le chat comme l'incarnation même de Lucifer dans les cérémonies qu'il attribuent aux Vaudois, c'est-à-dire, selon lui, a des sectateurs du démon qui se cachent sous l'appellation d'hérétiques.

Selon les dires, l'apparition du diable s'effectuait de la façon suivante. Dans une salle, hermétiquement close, appelée par lui " synagogue ", surgissait soudainement un chat noir de taille monstrueuse et dont le regard avait pour effet de chasser immédiatement de la pièce toutes les lumières. Il faisait, alors, reconnaître sa véritable identité par ses adeptes en exigent qu'ils lui rendent hommage en le baisant sous la queue, puis donnait le branle à une orgie criminelle, dans laquelle tous les excès étaient permis.

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Le plus grand théologiens de l'époque, le Français Alain de Lille, suivi de bien d'autres, donna sa caution morale à ces élucubrations. Il ouvrit même la voie à l'amalgame généralisé, soutenant que le chat était la figure centrale de tout les cultes dissidents sans resctriction.

Dans son traité Contre les hérétiques du temps, il va même jusqu'a récuser l'étymologie traditionnelle - et véritable - du terme " cathare "
(signifiant " pur " ), afirmant qu'en réalité il dérive du bas-latin cattus, c'est-à-die " chat " ! Par conséquent, concluait-il, les cathares sont bel et bien des adorateurs du diable !

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A force d'être répétées, ces idées extravagantes finirent par être admises comme des vérités établies par l'ensemble de la population. Lucifer, prince des démons, s'incarne aux yeux de ses fidèles sous la forme d'un chat noir énorme, qui jaillit à minuit d'une statue placée au milieux du cercle magique formé par ses fidèles.

La base mythique de ces billeversées semble être la légende créée autour de la personne de Saint Clément de Metz. Selon le récit hagiographique, la ville était jadis le théâtre de scènes d'hystérie collective. Dès que survenait juin, le peuple était pris d'envie irrésistibles et frénétiques de danses écheveléesz, que rien ne pouvait arrêter et qui se terminaient par un bacchanale générale et crapuleuse.

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Un jour qu'il était de passage dans la cité, stupéfait de ce qu'il venait de voir, un pieux chevelier, saint Clément, décida de s'arrêter dans une auberge pour tenter de tirer au clair les raisons de cette folie étrange. Le soir venu, il aperçut soudain, dressé dans la cheminée de sa chambre, un gros chat noir qui le fixait de son regard flamboyant et lourd de menaces. Faisant front, saint Clément saisit son épée en faisant le signe de croix.

Comme terrifiée, l'apparition disparut immédiatement, crachant des flammes et des blasphèmes. La ville reprit son apparence paisible et naturelle. Mais, poursuivit la légende, le Mal revenait immanquablement, dès que les mauvais chrétiens apparaissaient à Metz. Pour décourager le démon de persister dans ses maléfices fut institué le rite d'un autodafé félin.

Chaque année, en juin, en grande pompe, devant le peuple et les autorités civiles et religieuses, treize chats ( le chiffre 13 étant considéré alors comme le nombre du diable ) étaient jetés vifs dans un gigantesque brasier allumé sur la place de l'esplanade.

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La tradition attribuait l'origine de cette cérémonie de désenvoûtement collectif aux premiers siècles de notre ère. Son institution remonte en réalité au XIIIè siècle, à l'époque où sévissait en tant que grand inquisiteur du Saint Empire le sinistre et fanatique Conrad de Marbourg, célèbre pae ses innombrables bûchers qu'il alluma dans la région rhénane entre 1231 et 1233.

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Le jet du chat dans le feu pourrait faire penser au rite gaulois, rapporté par César, de sacrifices d'animaux et de criminels enfermés dans des mannequins d'osier. Plusieurs raisons entrainent à rejeter cette origine de l'autodafé de chats. D'abord, il s'agissait chez les Celtes d'une cérémonie effectuée en l'honneur de Taramis, divinité céleste et solaire. Or ce culte a disparu dès l'époque gallo-romaine. 

 

D'autre part, au Moyen-Age, le chat et le satanismerelèvent de vestiges de cultes de la fécondité, donc agraires et telluriques, cemme l'attestent les éléments orgiaques qui leur sont toujours associés. Enfin, les supplices en question se déroulent presque uniquement en terre de peuplement germanique, où l'existence de sacrifice par le feu n'a jamais été rapportée.

La destruction par le feu est issue incontestablement de la tradition judéo-chrétienne, marquée profondément par le mythe apocalyptique qui voit dans le feu la punition infligée par le Ciel aux forces du Mal ( thème cosmique de la lutte des fils de la Lumière et des fils des ténèbres). Le fait qu'elle se généralise en tant que moyen de vaincre le démon, de préférence aux sacrifices sanglants, traduits, d'ailleurs, les progrès de la christianisation de la société médiévale.

Contrairement à une idée qui a été trop longtemps répandue, l'existence d'un culte parallèle au christianisme et se manifestant sous la forme d'une sorcellerie organisée n'appartient qu'au domaine de la pure fiction. Dans sa structure, la démonisation du chat est demeurée un fantasme qui ne s'est jamais dissocié du schéma défini par la théologie des XIIè et XIIIè siecles.

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Les aveux des sorcières, arrachés par les tortures de l'Inquisition, démontrent, en effet, même chez celles qui étaient persuadées servir réellement Satan, la nature chrétienne de leurs convictions, inversées bien sûr, puisque pour elles, le sauveur c'est le Diable et non le Christ. Il n'en reste pas moins que ces convictions étaient parfaitement authentiques.

En revanche, il est vrai, il en est résulté une représentation démonologique de plus en plus diffuse. Progressivement, l'idée du pacte avec le diable a cessé d'être attribuée aux groupements spécifiquement hérétiques, donc constitués d'individus connus ou facilement identifiables. Elle disparait totalement au XVI siècle, avec l'apparition de la Réforme et de la Contre-Réforme.

 

Confinée dans le domaine du surnaturel, la croyance dans la réalité de la sorcellerie n'en a pourtant pas été moins vive. La chasse aux sorcières et la démononisation du chat ont atteint leur maximum d'intensité aux XVIè et XVIIè siècles. Mais, parallèlement, cette démonologie complètement occultée, c'est-à-dire rejetée dans la fantasmagorie à l'état pur, ressurgit sous l'aspect de croyance très anciennes, encore que très dégénérées par le syncrétisme et le cadre merveilleux dans lequel elles s'expriment.

C'est la raison pour laquelle les récits les plus insolites, étranges et saugrenus sur les sorcières et les chats datent de cette époque. Le baptême du chat avait le pouvoir, disait-on, de provoquer le déchaînement des éléments.
Jeté dans la mer, l'animal provoquait des tempêtes d'une violence inouïe. Enterré dans un champ, il rendait celui-ci stériles et pouvait même entrainer la mort de l'imprudent qui, innocemment, en foulant le sol de ses pieds. Mis dans les flammes, il envoûtait à distance ceux dont la sorcière prononçait les noms.

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C'était lui, enfin, qui donnait à cette dernière le pouvoir magique de s'élever avec une grande rapidité dans les airs, grâce au fameux balai sur lequel souvent il montait en croupe.

On racontait aussi qu'elles pouvaient se métamorphoser en chats - mais neuf fois seulement, c'est-à-dir le nombre triple de la Trinité ! - et ainsi excercer leurs méfaits impunément, ou fuir de façon inopinée un danger. L'idée que le chat était une sorcière, et inversement que celle-ci était un animal, s'est répandue dans toute l'Europe, avec une crédulité inimaginable, au moment même où règnait Louis XIV.

Attaqué de nuit par trois chats, un habitant de Strasbourg eut la surprise, dit-on, de constater que les blessures qu'il avait faite pour se défendre aux trois animaux étaient identiques à celles dont souffrait , le lendemain, trois des plus respectables bourgeoises de la ville.

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En Ecosse, un gentilhomme qui avait constaté des vols de vin dans sa cave décida de s'y cacher nuitament ; il eut à faire face à une meute de matous déchaîné, et ne put s'échapper qu'en en blessant un grièvement ; le jour suivant, il apprit qu'une femme du voisinage agonisait, la jambe à demi amputée, c'est-à-dire, d'une blessure identique à celle du chat qu'il avait frappé.

Au Pays basque, on était persuadé que des sorcières venaient, la nuit, voler le lait des vaches en empruntant la forme du chat.

Le délire irrationnel fini par faire craquer le cadre rigide de la démonisation chrétienne du chat. Retrouvant le principe d'ambivalence que prête l'animisme aux puissances magiques, les gens crurent que l'animal pouvait à la fois servir à procurer des remèdes ou des maléfices. Orgelets et panaris frottés avec une queue de chat noir étaient censés guérir comme miraculeusement et, si l'on prenait soin d'en enterrer une devant le seuil de la porte, on était assuré que jamais la maladie ne pénétrerait dans la maison.

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En Bretagne, au XIXè siècle, le resteur passait pour avoir le pouvoir de se métamorphoser en ombre de chat, et ainsi empêcher ses paroissiens de se livrer au péché !

En revanche, un objet appartenant à quelqu'un et frotté sous le ventre du chat provoquait immédiatement une maladie incurable à son propriétaire. Quant à la graisse d'un chat tué, elle servait à fabriquer le sortilège le plus terrible, celui auquel même un saint ne pouvait échapper : la chandelle de l'Homme mort. Fondue et coulée autour d'une mèche de cheveu retirée à un cadavre - de préférence un pendu ! - , sa lueur foudroyait l'imprudent qui la regardait !

Placé dans les murs, sous le plancher ou dans la solivure d'un édifice ou d'une demeure, le cadavre d'un chat fraîchement tué avait, enfin, la vertu d'en assurer une protection contre tous les mauvais coups du sort.

La pratique semble être née en Angleterre, au XVII siècle, comme en témoignent les squelettes retrouvés dans la Tour de Londre, la cathédrale de Dublin, de nombreux château du Yorkshire et même dans l'un des murs de la citadelle de Gibraltar. Elle ne s'est éteinte, d'ailleurs, tout à fait, que dans les dernières années du XIXè siècle, ainsi que l'atteste une anecdote authentique, survenue en Cornouailles en 1890.

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Lors de la construction d'une maison, une grève éclata parmi les ouvriers, et les maçons prévinrent qu'ils ne reprendraient le travail que si le maître d'oeuvre respectait la tradition d'emmurer vivant un chat dans les fondations.  Ami des bêtes et hostile à des usages aussi cruels que stupides, mais néanmoins habiles négociateur, celui-ci parvint à trouver un biais satisfaisant pour tout le monde. On substitua au chat un lièvre mort, et le travail reprit.

Dieu merci, ce n'était pas le premier geste du processus de réhabilitation du paisible animal domestique...



Extrait de " Inexpliqué " 1981

 

 

Rédigé par Eurothai - Sonia

Publié dans #Le Paranormal et Surnaturel...

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